Hector Berlioz (1803-1869) est un des compositeurs chez qui il est facile d’établir des parallèles entre ses récits de vie, sa personnalité et sa musique. Evidemment, en lançant une telle assertion, l’on s’expose à l’anathème de tous les pédants.
L’on pense immédiatement à sa Symphonie fantastique, dans laquelle il décrit sa passion pour une actrice rencontrée au théâtre. Nous nous y attarderons dans un prochain article.
Faisons-nous d’abord une opinion par l’écoute, s’il en est. Ici, l’Ouverture des Francs-Juges (1826), jouée par l’orchestre Les Siècles.
Maintenant que l’oreille s’est accommodée de tant de houle sentimentale (sic), l’oeil peut parcourir quelques lignes de la biographie d’Hector Berlioz (aux éditions du Seuil) par Claude Ballif (compositeur et pédagogue, 1924-2004). De la jeunesse de Berlioz, difficile de passer à côté des nombreux récits de souffrance, narrés avec une emphase propre au XIXe siècle, teintés d’introspection surexposée du Moi, perméabilisant les frontières entre conscience et inconscience, entre réalité et fantaisie.
Extraits choisis:
“[lorsqu’il lit] Shakespeare, [il] respire à peine, souffre comme si une main de fer [lui] étreint le coeur”
“ ‘ Je veux que la musique me donne la fièvre, me crispe les nerfs. Pensez-vous, Monsieur, que j’écoute de la musique pour mon plaisir ?’ ”
“Il ne fait pas de dissociation entre ce qu’il ressent physiquement et ce qu’il élabore mentalement. Il n’y a plus de dualité entre le moi et la matière sonore. […] Le mouvement musical n’est que la résultante de ces palpitations […]”
“L’été [1827] fut triste. Hector tomba malade et faillit périr étouffé par un abcès dans la gorge qu’il perça lui-même d’un coup de canif.”
A propos de sa passion pour l’actrice Harriet Smithson: “La secousse fut trop forte. Berlioz perdit le sommeil et le goût du travail. Il errait dans les rues, battit la campagne, tombant en léthargie lorsque la fatigue le terrasse au hasard de ses courses.”
Après s’être consolé dans les bras de la pianiste, Camille Moke, puis qu’elle l’eût quitté pour un autre: “Berlioz décida aussitôt de tuer tout le monde, dans l’ordre. Quant à me tuer, moi, après ce beau coup, c’était de rigueur. Le temps passait, et la réflexion faisait son oeuvre. Après quelques convulsions de l’âme, il décida de ne plus tuer et de ne plus mourir. […] Et si je vivais tranquillement, heureusement, musicalement ?”
Mesdames, Messieurs: Hector Berlioz !

