Les pièces pour piano à quatre mains chez un Debussy de 18 ans: la tentation de l’orchestre, déjà

Les pièces pour piano à quatre mains chez un Debussy de 18 ans: la tentation de l’orchestre, déjà

« Modulez…, loin…, loin…, pas trop…, pas trop… » s’amusait à dire César Franck (compositeur et organiste) à sa classe d’improvisation. On l’imagine tout à fait reprocher quelque fantaisie au jeune Claude Debussy (né en 1862), son élève au conservatoire de Paris, déjà connu dans l’établissement pour son audace dans l’harmonie.

Une ouverture qui n’ouvre à rien- comme plus tard dans ses Préludes-, une gamme par tons très peu utilisée à l’époque, des motifs courts : voilà comment le compositeur affirme sa modernité dans cette Ouverture de Diane (1881). L’oeuvre présente deux motifs principaux. L’un tortueux, souvent présenté à nu, sur fragments de gamme par ton, l’autre plus pétillant, nourrit une grande partie de l’œuvre. S’y ajoute la gamme ascendante plafonnant, motif secondaire, donnant à la pièce son caractère brillant et dansant.

Debussy – Diane ouverture – Christian Ivaldi, Noël Lee

En 1880 Debussy, 18 ans, passe l’été au service de Nadejda von Meck, plus précisément, il est en charge de l’éducation musicale de ses filles. D’Arcachon à Naples, la baronne apprécie la présence de « Bussik », comme elle l’appelle. Ensemble, ils déchiffrent des pièces pour piano à quatre mains. Avant de la rejoindre une deuxième fois, à l’été 1881, Debussy compose pour elle une Symphonie en si mineur, pour piano à quatre mains justement. A sa réception, von Meck se dit « touchée de l’aimable surprise ».

Unique mouvement achevé, parmi les trois prévus, l’Allegro ben marcato offre un premier thème menaçant auquel s’opposera un second en triolets, plus fluide. Petite entorse à la réexposition, lorsque le thème est énoncé dans une tonalité différente.

Debussy – Symphonie en si mineur – Christian Ivaldi, Noël Lee

Ces deux pièces révèlent une réelle tentation du jeune Debussy pour l’orchestre. Le choix d’une écriture pour piano à quatre mains n’est pas seulement dicté par la présence de Nadejda von Meck, mais aussi par le foisonnement d’idées, que deux mains seules ne sauraient contenir.

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