Suite de la série consacrée à Rimski-Korsakov. Et une bonne nouvelle, enfin ! Le groupe (des Cinq) applaudit son travail, un poème symphonique sur la légende de Sadko, le marchand-musicien-aventurier. Rimski, fidèle à lui-même, décrit froidement:
« En septembre 1867, notre groupe se réunit à nouveau. […] Mon Sadko reçut l’approbation générale, surtout la troisième partie. »
Sur un ton analytique et critique, il poursuit, et dévoile, sans complexe, du reste, comment il a intégré certaines couleurs, et schémas harmoniques piqués chez d’autres compositeurs, et ne peut s’empêcher de pointer les faiblesses de sa propre oeuvre.
« Quelles furent les influences musicales qui s’exercèrent sur la composition de ces tableaux symphoniques ? L’introduction (le tableau de la mer doucement agitée) contient la base harmonique de Ce qu’on entend sur la montagne de Liszt. […]
La partie en ré majeur, allegro 4/4, décrivant le festin du roi de la mer rappelle au point de vue harmonique et aussi mélodique, la romance de Balakirev que j’aimais alors, Le Poisson d’or […] et quelques figures harmoniques de Méphisto Valse. […]
D’une façon générale, la forme était satisfaisante, mais la partie centrale […] tenait trop de place en comparaison avec le tableau de la mer calme et des danses accompagnées par Sadko […].
Je regrette la brièveté et le laconisme de cette oeuvre à laquelle des formes plus larges auraient mieux convenu. Si la longueur et les répétitions sont le défaut de beaucoup de compositeurs, une trop grande concentration et un trop grand laconisme étaient alors les miens, et la raison en était dans mon défaut de connaissances techniques.
Rimski finira par apprécier une ou deux facettes de son poème symphonique, mais ne pouvait terminer sans parler de sa relation, chahutée, avec l’inévitable Balakirev.
« Néanmoins, l’originalité des thèmes chantants et dansants, animés d’un mouvement purement russe, le coloris orchestral que j’avais saisi comme par miracle, malgré mon inhabileté sur ce terrain, rendent ma composition attachante et digne de l’attention de musiciens de tendances différentes, ainsi qu’il apparut plus tard. Balakirev dont la voix était à l’époque décisive dans notre groupe, fit à mon oeuvre l’honneur d’un certain enthousiasme protecteur et approbateur.
Il déclara que j’étais une nature créatrice féminine, ayant besoin d’être fécondée par les idées musicales d’autrui. Mais lorsque je commençai à manifester ma propre personnalité dans mes oeuvres il se refroidit à mon égard. Il ne retrouvait plus en moi les échos de Liszt et de lui-même qui l’avaient d’abord charmé. »
Chahutée, vous dis-je.
A nous maintenant, de nous laisser porter par cette musique.

