Elias de Mendelssohn (I), l’alliance de grâce en musique

Elias de Mendelssohn (I), l’alliance de grâce en musique

Août 1846. Felix Mendelssohn achève les dernières mesures de son oratorio Elias. Nous consacrerons une série d’articles à ce sujet.

Un oratorio est une oeuvre pour choeur et instruments (ici orchestre symphonique), auxquels se joignent parfois des solistes. L’objectif du compositeur est de concentrer récit et action dans la musique seule. En effet, très souvent, l’oratorio se joue statique, sans mise en scène. Historiquement, la majeure partie des oratorios porte sur des sujets religieux.

Dans Elias, juxtaposant différents textes de l’Ancien Testament (Bible), Mendelssohn fait oeuvre d’exégète. La trame principale est issue des livres des Rois. Eléments de contexte: le peuple d’Israël s’est rendu coupable d’idolâtrie: ils adorent de faux dieux. La responsabilité incombe à chacun, mais aussi particulièrement à ce souverain mal-avisé: Achab. La sentence de l’Eternel Dieu, par la voix du prophète Elie (=Elias en allemand) est: il n’y aura pas de pluie pendant plusieurs années. Pas de pluie, pas de récolte. Pas de récolte..

En musique, la malédiction s’incarne dans cet intervalle mélodique inconfortable (quarte augmentée descendante), sur les mots weder Tau noch Regen (=ni rosée ni pluie)

Introduction: So wahr der Herr, der Gott Israels, lebet (Elias)

A cette malédiction semble s’opposer la simplicité de l’air no.4 confié au soliste ténor. « Si vous me cherchez d’un coeur sincère, je me laisserai trouver par vous. »

no.4, aria: So ihr mich von ganzem Herzen suchet

Hélas ce peuple a le coeur dur, c’est pourquoi il chante au no.5 « Mais le Seigneur ne le voit pas, il se moque de nous ».

no.5, choeur: Aber der Herr sieht es nicht

Comme dans l’introduction, la malédiction est mélodiquement désignée par l’intervalle de quarte augmentée descendante.

Ensuite, deux phrases, portant chacune un thème, sont traités en contrepoint séparément puis ensemble.

L’ensemble se tasse sur une répétition d’accords non résolus (accord diminué), avant de s’interrompre dans un silence dramatique, lequel fait place nette pour une écriture en choral (chant luthérien polyphonique syllabique) « Denn ich, der Herr, dein Gott ».

Ce choral, prise de parole de l’Eternel Dieu pour rappeler sa loi, contraste, par sa verticalité, avec le contrepoint précédent.

Ecrit dans la tonalité de DO mineur, le choral, toujours, finit en DO majeur, apportant un éclairage différent, et tuilant ainsi vers la sentence de l’alliance de grâce « und tue Barmhermzigkeit ». Ce dernier thème, ample, vient se lover dans de chaudes arpèges jouées aux cordes.

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