Venise, au tournant du XVIe siècle, un changement stylistique est en cours.
Les oreilles sont habituées aux pulsations larges et stables propres aux polyphonies Renaissance. Si ces polyphonies sont d’abord écrites pour des voix, il est tout à fait possible de jouer une ou plusieurs parties aux instruments. On alterne, on combine, on remplace.
Deux exemples illustrés chez Giaches de Wert et Tomas Luis de Victoria:
Fin XVIe donc, après que Willaert, maître de chapelle à San Marco de Venise, a montré la voie en réfléchissant à la spatialisation du son, il devient courant de composer pour des effectifs disséminés dans un lieu étendu. On cherche les contrastes, les échos, et l’on écrit spécifiquement pour les instruments pour enrichir le rythme et le timbre: le Stile Concertato est né.

Nous reproduisons ici l’excellent chapitre sur le Stile Concertato de Manfred Bukofzer, extrait de son ouvrage La Musique baroque.
« Alors que la pratique du colla parte de la Renaissance permettait aux instruments de se substituer ou de doubler les voix, une nouvelle pratique apparut sous le nom de Concertato ou Concerto, qui devint un véritable mot d’ordre au début de l’ère baroque.
[…] ce sont Andrea et Giovanni Gabrieli qui l’ont pour la première fois employé dans un titre: Concerti per voci et stromenti (1587). […] Andrea Gabrieli recommande l’emploi d’instruments et des voix ensemble et séparément […] mais le choix des combinaisons est laissé à la discrétion de l’exécutant, dans la tradition ad libitum de la Renaissance.
[…] Dans son recueil Intermedi et concerti (1591), Malvezzi nous fait le récit détaillé des festivités nuptiales de Ferdinand de Médicis; il est frappé non seulement par la richesse des coloris et la variété des combinaisons instrumentales et vocales, mais également par les agréments qu’improvisent les exécutants.
[…] Dans ses Concerti escclesiastici pour double choeur, Banchieri a doté le seul premier choeur d’un accompagnement d’orgue rudimentaire, qui suffit à justifier l’appellation de concerto. […] Il est significatif que le style Concertato ait commencé à se développer dans les compositions polyphoniques de l’école vénitienne, qui étaient les premières à faire appel aux instruments: aux débuts de ce style, il n’existe pas encore de différence stylistique entre l’écriture instrumentale et l’écriture vocale. Il faudra le génie de Giovanni Gabriei pour réaliser toutes les possibilités de cette nouvelle technique. »
C’est de cet héritage dont sont tributaires les grands maîtres du Baroque primitif tels que, Samuel Scheidt, Claudio Monteverdi et Heinrich Schütz.
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