Rimski-Korsakov raconte les jugements et la méthode Balakirev

Rimski-Korsakov raconte les jugements et la méthode Balakirev

Saint-Pétersbourg, 1862. Rimski-Korsakov rencontre Balakirev pour la première fois. 

Il produisit sur moi une impression profonde.

Rimski intègre petit à petit le cercle “d’amis-élèves”. La musique n’est alors pour lui qu’une passion. Balakirev lui apprend beaucoup, notamment ses avis clivants. Le jeune Nikolaï s’abreuve:

J’entendais de lui des jugements tout nouveaux pour moi. […] Mendelssohn […] était peu estimé. On considérait Mozart et Haydn comme vieillis et naïfs, Bach, comme un tempérament musical pétrifié, mathématique, dépourvu de sentiment et de vie. Sa musique, disait-on, était le produit d’une machine. […] On aimait quelques-unes [des] mazukas [de Chopin], mais on considérait que le restant de ses oeuvres n’était rien de plus que de la jolie dentelle. […] Liszt était relativement peu connu, on le trouvait confus et corrompu, parfois même assez grotesque. […] 

J’écoutais ces opinions avec avidité et, sans réfléchir ni vérifier, je fis miens les goûts de Balakirev. […] Beaucoup de mes jugements n’étaient pas du tout fondés, car on ne jouait que des fragments des oeuvres en question. Je ne pouvais pas juger de l’ensemble, et parfois même je n’en entendais rien du tout. Néanmoins, j’apprenais toutes ces opinions comme une leçon et les répétais à mes camarades musiciens comme si j’avais été profondément convaincu de leur vérité.”

Plus loin dans ses mémoires, Rimski confirme cette incapacité du groupe à prendre de la hauteur sur les oeuvres étudiées:

Ce qu’on admirait le plus c’était certains passages, certaines phrases courtes mais pleines de caractère, certaines introductions, certaines suites d’accords dissonants, certains points d’orgue, certaines conclusions brusques, etc. Dans la plupart des cas, on critiquait un morceau par fragments séparés; on disait par exemple: les 4 premières mesures sont excellentes, les 8 suivantes, faibles, la mélodie qui vient ensuite ne vaut rien, mais la transition à la phrase suivante est très belle, etc. On n’examinait jamais une oeuvre comme un tout.

Enfin, voici un aperçu de la méthode Balakirev:

Quand d’autres jeunes gens ou moi-même, lui jouaient leurs essais de compositions, il saisissait sur-le-champ toutes les fautes de formes, de modulations, etc., et s’asseyant immédiatement au piano, nous montrait en improvisant comment il fallait corriger ou modifier. Avec son caractère despotique, il exigeait des corrections exactement conformes à ses indications, et souvent des morceaux entiers finissaient par être de lui et non de leurs auteurs. […] 

Tout en appréciant la moindre trace de talent chez les autres il ne pouvait cependant ne pas sentir et faire sentir sa propre supériorité.

Pour avoir une idée de ce que Rimski-Korsakov était en mesure de proposer à l’époque, écoutons une de ses mélodies de jeunesse:

Nikolaï Rimski-Korsakov – Romance op.3 No.4, Na kholmakh Gruzii (1866) – Marina Prudenskaya, Cord Garben

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