Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908), compositeur reconnu pour ses talents d’orchestrateur et de mélodiste, nous a laissé un précieux document pour “mieux [se] situer et voir clair en [lui-]même”. Il s’agit du Journal de ma vie musicale.
Il semblerait que Rimski-Korsakov s’y soit épanché principalement quand son activité musicale était moindre.
On y apprend notamment que dans le groupe d’amis qui constituera plus tard le Groupe des Cinq (Balakirev, Moussorgski, Cui, Borodine et Rimski-Korsakov donc), Mili Balakirev est la figure tutélaire. A tel point que Rimski, intimidé, ne pipe mot de ses exercices pianistiques quotidiens.

En 1866, il est âgé de 22 ans, il écrit:
“[Je] travaillais en me cachant de Balakirev, qui ne m’avait jamais poussé à faire du piano. Balakirev m’avait toujours considéré comme inexistant au point de vue piano. La plupart du temps, il jouait lui-même mes oeuvres.
Parfois il s’asseyait avec moi pour jouer à quatre mains, mais à la première difficulté de mon côté, il s’arrêtait, disant qu’il vaudrait mieux jouer cela plus tard avec Moussorgski. Je sentais que malgré tout je faisais des progrès en travaillant beaucoup chez moi, mais j’avais peur de jouer devant Balakirev, et il ne pouvait constater mes progrès. De plus, les autres et surtout Cui, me considéraient comme incapable de jouer. Oh, la triste époque !
[…] Chez mon frère et d’autres amis, on me considérait comme un bon pianiste, on me demandait de jouer devant les dames et les invités etc.. Je jouais. Beaucoup s’extasiaient par ignorance. Tout cela cela était assez stupide.”
Vous noterez à quel point le jeune Nikolaï se dévalue, même dans un contexte favorable.
A présent, écoutons le Quintette pour vents et piano de Rimski-Korsakov.

